Contre les mensonges de Christophe-Alexandre Paillard


Je suis maintenant en train de lire le livre Les nouvelles guerres économiques par Christophe-Alexandre Paillard. Ce livre traite de beaucoup de sujets divers, y compris la question si la France est encore une puissance mondiale.

La réponse de cet auteur, qui est evidemment un fataliste, est non : selon lui, la France ne fait pas et ne peut pas faire le poids sur la scène internationale:

“La France se trouve donc dans l’obligation la encore de fonder les bases de sa puissance au sein d’une intégration européenne renforcée (euro, marché unique) et a du mal a justifier ses specifités aupres de ses partenaires.” (Les nouvelles guerres économiques, Editions Ophrys, Paris 2011, p. 152)

Selon M. Paillard, la seule façon de laquelle la France peut peser sur la scène mondiale et contrer (s’opposer effectivement à) la puissance des Etats-Unis est de se fondre (s’autodissoudre) dans un état supranational européen. C’est-à-dire, seulement un France complétement fondée, dissoute, et disparue dans un état fédéral européen peut influencer le monde et contrer l’hyperpuissance américaine crainté par l’ex-ministre des affaires étrangères Hubert Vedrine. En plus, selon M. Paillard, l’Union Européenne est un instrument très utile de parer la puissance des USA:

“L’Union européenne est un moyen d’accroître sa puissance pour la France, bien que cette position montre aussi qu’elle a reduit ses ambitions en tant que Etat-nation souverain. Pour la France, l’Europe est aussi un moyen d’équilibrer la puissance américaine apres avoir été l’instrument de lutte contre l’expansionisme sovietique et de faire face à la concurrence des puissances emergentes.”

D’ailleurs, M. Paillard pretend que le general de Gaulle avait mis en oeuvre la construction europeenne et en était en faveur:

“Depuis 1951 et la signature du traite CECA, la France s’est engagee sur la voie de la construction européenne, d’abord dans un but de reconciliation avec l’Allemagne, puis, dans un objectif d’unification politique du continent europeen, comme le suggerait l’expression du general de Gaulle <<L’Europe de l’Atlantique a l’Oural>>.”

Ce sont tout simplement des mensonges, et je vous démontrerai pourquoi.

1.    Dire que la France ne fait pas et ne peut pas faire le poids sur la scène internationale est mensongère

Malgre toutes ses problèmes – et la politique des majorités récentes UMP et PS qui les a aggravés et qui affaiblit la France chaque jour – la France reste une puissance disposant des capabilités mondiales. Comme même M. Paillard a admis dans son livre, la France est une puissance nucléaire, l’un de seulement 5 membres permanents du Conseil de Securite de l’ONU, et dispose d’un réseau diplomatique vaste, comparable à celui des USA, la Russie, et la Chine. Il faut y ajouter le fait que :

•    La France est, parmi les 190 pays du monde, la 6ème puissance économique, juste derrière le Royaume-Uni (la cinquième, que la France pourrait facilement dépasser avec des réformes économomiques simples) ;
•    Au contraire de la vaste majorité des pays du monde, elle dispose des compagnies dans tous les secteurs de l’économie moderne, y compris l’aéronautique, le nucléaire, le naval, l’automobile, le missilier, le spatial, etc.) et ne depend des autres pays pour rien ;
•    Elle est le seul pays du monde dont la langue est parlée sur tous les continents du monde sauf l’Australie et est à la tête de la deuxieme plus grande organisation mondiale après l’ONU – la Francophonie, qui comprend 57 pays membres et observateurs de tous les continents du monde sauf l’Australie ;
•    Son arsenal nucléaire est le 4eme plus grand au monde et au contraire de la Chine (qui détient le troisième arsenal le plus grand), ses sous-marins lanceurs d’engins ont fait des patrouilles d’une manière constante depuis 1972 ;
•    Elle est aussi l’un des pays du monde les plus forts militairement, avec une armée qui, malgré tous les coups et affaiblissements lui faits par présidents Sarkozy et Hollande, reste l’une des plus puissantes et capables, d’une manière globale, au monde (sur un envergure globale, ses capabilités sont comparables à celles de la Russie et dépassent celles de tout autre pays sauf les USA – parce qu’être capable de conquêter ses voisins, c’est une chose, mais projeter de la force militaire aux continents et régions distants, c’est une autre chose – la France est aujourd’hui le seul serieux partenaire militaire des USA, le Royaume-Uni s’étant retrenché et effectivement retiré de la scène mondiale) ;
•    Elle possede aussi une culture admirée partout au monde et est l’une des destinations preferées des étudiants étrangers, européens et non-européens ; en effet, il en attire le troisième plus grand nombre au monde, depassée seulement par les USA et le Royaume-Uni.

Pensons donc ca quel point la France serait puissante si ses dirigeants étaient capables de mettre en œuvre des réformes économiques serieuses qui redémarraient enfin son économie et permettraient plus d’investissements dans son armée !

2.    Loin d’etre un moyen d’accroitre sa puissance, l’Union europenne est un instrument qui sert les USA a renforcer leur domination sur l’Europe, contraindre la France, et l’effacer de la carte du monde

L’Union européenne n’accroit la puissance de la France en rien, elle la diminue. Elle limite dramatiquement la liberté d’action de la France et la fait obeir aux diktats de Washington (comme par exemple sur la question de sanctions contre la Chine et la Russie, les OGM, l’accord de libre-échange entre l’UE et les USA, etc). En effet, l’UE est, de très loin, la plus grande menace à l’indépendendance, la securité, la puissance, et le bien-être de la France.

Ce n’est pas par hasard. L’Union européenne marche toujours comme ça. Son principe d’opération – son modus operandi – n’est pas la « subsidiarité «  prétendue, mais au contraire, l’imposition des diktats sur les états-membres de l’Union par des bureaucrates non-elus à Bruxelles.

Ces diktakts sont souvent transmis à Bruxelles par Washington… et ce n’est pas par hasard. Toute la « construction européenne » est, en effet, une invention américaine concue exactement dans le but de contraindre la liberté d’action des états européens, de les fondre dans une construction supranationale, et donc de les assujettir complement à Washington. Voila les vrais buts de la construction européenne. Voila pourquoi la France ne peut plus, par exemple, vendre des navires de guerre aux acheteurs qui sont prêts à les payer – parce que Washington y est opposé, et l’Union européenne execute les diktats de Washington. Voila aussi pourquoi l’Union européenne est sur le point de signer un traité de « libre-échange » qui ouvrira complètement les portes du Marché Unique Européen aux compagnies américaines, généreusement soutenues par son gouvernement fédéral.

Le général de Gaulle – le sujet du troisième mensonge de M. Paillard – l’avait compris avant tout le monde. Lors de sa fameuse conférence de presse du 15 mai 1962, le général de Gaulle a averti contre la construction européenne, le plan de fondre les états souverains de l’Europe dans une telle construction supranationale, et le « fédérateur non-européen » qui était le moteur de cette construction et qui ne pouvait être autre que les USA.

Il faut répéter : le général de Gaulle avait compris avant tout le monde que l’UE était une arnaque, un schème conçu pour assujettir la France et les autres pays des Six aux USA, et que son origine était a Washington – et il nous en a averti en mai 1962, il y a 53 ans.

Passons donc enfin à la troisième mensonge de M. Paillard : que l’Homme du 18 juin était en faveur de la construction européenne.

3.    Le général de Gaulle n’était jamais en faveur de la construction européenne

Les eurofanatiques qui cherchent à dissoudre la France dans un état supranational européen font beaucoup de bruit autour des propos du Fondateur de la Vème République, comme « L’Europe de l’Atlantique à l’Oural », du traite de l’Elysée, et des autres propos et actions du président de Gaulle tirés de leur contexte historique. Pour contrer ces mensonges, rappelons donc quelques faits.

S’il est vrai que l’Homme du 18 juin n’avait initialement denoncé les traites CECA-CEE-EUROATOM, c’est simplement parce que, jusqu’à la ratification des Accords d’Evian, le Fondateur de la Cinquième République était trop occupé avec les problèmes graves lui laissés par les gouvernements incompétents de la Quatrième République : une économie stagnante, une inflation rapide, la nécessité de réformer profondement les institutions de l’Etat, et surtout, la guerre d’Algérie qui menait la France tout droit à guerre civile en métropole. Régler ces questions, et surtout celle de la guerre algérienne, était la priorité numéro un du général de Gaulle. Et pour y réussir, il avait besoin d’une majorité parlementaire, ce qui necessitait la participation des centristes pro-européens et atlantistes du MRP (le soutient du PS et des communistes étant exclu). Donc jusqu’à la fin de la guerre algérienne, le Fondateur de la Cinquième République gardait un profil bas sur ce sujet.

Mais une fois la question algérienne, la réforme économique et monetaire, et la mise en œuvre des institutions républicaines reformées reglées, l’Homme du 18 juin s’est heurté frontalement à la prétendue construction européenne. Lors de sa fameuse conférence de presse du 15 mai 1962, l’Homme du 18 juin avait averti contre

  • la construction européenne,
  • le plan de fondre les états souverains de l’Europe dans une telle construction supranationale, et
  • le « fédérateur non-europeen » qui était le moteur de cette construction et qui ne pouvait être autre que les USA. Le général de Gaulle avait compris et averti que le but de la construction européenne était d’effacer la France et les autres pays du Six afin de les subjuger et subordonner envers les Etats-Unis.

Les ministres du MRP étaient si agacés par cette révélation qu’ils ont quitté le gouvernement sur-le-champ.

Au début de 1963, lors d’un entretien avec son ministre et confidant Alain Peyrefitte, le général de Gaulle a dit :

« Nous avons procédé à la première décolonisation jusqu’à l’an dernier. Nous allons passer maintenant à la seconde. Après avoir donné l’indépendance à nos colonies, nous allons prendre la nôtre. L’Europe occidentale est devenue, sans même s’en apercevoir, un protectorat des Américains. Il s’agit maintenant de nous débarrasser de leur domination. »

Pour la période de deux années suivantes, 1962-1964, le général de Gaulle essayait d’utiliser la construction européenne contre son inventeur – Washington – afin de libérer la France de la domination américaine. Le but de l’Homme du 18 juin était d’établir un bloc des états européens souverains – mené bien sûr par la France, qui était de très loin le pays le plus puissant des Six – qui serait un contrebloc, un contrepoids d’une sorte, pour les USA et le bloc sovietique – et serait inseré entre les deux. Dans le projet de l’Homme du 18 juin, si les autres pays du Six avaient coupé leurs liens de subordination envers les USA, ils auraient recherché un autre protecteur contre la menace sovietique, et ce ne pouvait autre que la France, le seul pays occidental disposant d’une force de dissuasion nucleaire indépendante des USA. Comme l’a dit le général de Gaulle lui-même :

« Dans cette Europe, en réalité, nous tiendrons les rênes parce que nous aurons la bombe. »

Cette stratégie – que l’Homme du 18 juin cachait sous des slogans comme « une Europe européenne » ou « une Europe indépendante » – aurait eu une chance de réussir… mais seulement si les autres membres de la CEE – l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, et les pays du Benelux – avaient consenti a joindre les forces avec la France, devenir ses partenaires dans ce projet, accepter la protection militaire française, et se libérer des diktats de Washington.

C’était une tâche très difficile, et le Fondateur de la France Libre le comprenait parfaitement. Il s’est même plaint en 1963 que « la difficulté, c’est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s’émanciper [des Américains.] » Les Italiens, les Néerlandais, et les Belges avaient vite deçu l’Homme du 18 juin, donc il a dû se tourner vers l’Allemagne de l’Ouest, la plus grande puissance économique des Six. Il a fait tout ce qu’il pouvait pour tirer la RFA vers la France et la séparer des USA. Il croyait que son projet était près de fruition au moment de la signature du fameux Traité de l’Elysée par lui-même et le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer le 22 janvier 1963.

Les Americains étaient, en effet, très inquiets par ce traité qui, dans sa forme originale, ne mentionnait nulle part ni les USA, ni l’OTAN, ni la Grande Bretagne, ni le GATT. Ils ont donc pressionné fortement (et avec succès) le gouvernement Adenauer pour rédiger ce traite. Juste avant sa ratification, le Bundestag y a introduit des mentions explicitées :

•    Des USA et d’une integration militaire étroite dans le cadre de l’OTAN ;
•    De la Grande Bretagne et la certitude du Bundestag qu’elle deviendrait, un jour, un membre de la CEE ; et
•    De l’échange-libre entre l’Europe et les USA dans le cadre du GATT.

Le général de Gaulle était agacé par tout cela. Les Allemands viennent de vider le Traité de l’Elysée de toute sa substance ! L’exclusion totale de toute mention des USA, de la Grande-Bretagne, de l’OTAN, et du GATT, et le coupage de tous les liens de subordination de l’Europe envers les USA, en était l’essence et le but primordial ! Or, les Allemands viennent de réintroduire tout cela dans le Traite de l’Elysee !

Le général de Gaulle se sentait (justement) trahi par les Allemands : « les Allemands se conduisent mal. Ils se mettent complètement à la botte des Américains. Ils trahissent l’esprit du traité franco-allemand. Et ils trahissent l’Europe », a-t-il dit. Tout comme il avait précédemment observé, « la difficulté, c’est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s’émanciper. »

Donc, la stratégie entière du Fondateur de la Cinquième République concernant la construction européenne a donc totalement echoué. Les autres pays de la CEE ne voulaient pas s’emanciper des USA.

Il a donc dû changer complétement sa strategie. Au lieu de perdre plus de temps avec les « partenaires » européens de la France, il a commencé une grandiose stratégie mondiale d’alliances alternatives dont le but était de noyer des liens avec toute puissance non-ouest-européenne qui pourrait servire à un contrepoids aux USA. Cette stratégie etait modelée sur les alliances du roi François Ier avec Soleiman le Grand (le sultan turc dans la plupart du XVIème siecle) et les princes protéstants de l’Allemagne pour contrer l’empereur saint-romain germanique Charles Quint.

La première étape dans ce sens était la reconnaissance diplomatique, le 27 janvier 1964, de la République Populaire de Chine, qui stupéfia tout le monde. La France a donc desobéit aux USA, qui exigaient que tout le monde reconnaisse le régime nationaliste de Chiang kai-shek. En reconnaissant la Chine de Mao, le général de Gaulle a envoyé un message clair aux USA, aux “partenaires” européens de la France, et à tous les pays du monde que la France était suffisament puissante et determinée de conduire une politique étrangère indépendante et chercher des alliances alternatives – même si les autres pays de la CEE étaient contents de rester des larbins de Washington.

C’était suivi par un voyage du général de Gaulle en Mexique en mars 1964 et à l’Amerique du Sud en octobre 1964; par le boycott des réunions des institutions et conseils européens par les répresentants français jusqu’au Compromis de Luxembourg pour arreter les atteintes de la CEE contre la souveraineté de la France; la vente des stocks français du dollar et l’achat d’or; le retrait total de la France du commandement integré de l’OTAN en 1966; les voyages de l’Homme du 18 juin en URSS et Pologne; son fameux discours a Phnom Penh (Cambodge) lors duquel il a averti les Américains contre leur enlisement vietnamien; et son aussi fameux discours à Montréal où il a exclamé “Vive le Quebec libre!”

Certains déclarent que l’Homme du 18 juin était en faveur de l’intégration européenne parce qu’il a parlé de “l’Europe de l’Atlantique à l’Oural.” Mais ils ont tort. Ce n’était pas du tout une déclaration de foi dans la construction européenne, mais – comme l’explique l’Union Populaire Républicaine – un pied-de-nez aux Sovietiques pour réclamer la liberte des nations de l’est-européen et la dissolution des deux grands blocs.

Parce que l’Homme du 18 juin était aussi mefiant des Sovietiques que des Américains. Il était absolument contre la domination des USA et de l’URSS sur le monde et leur division de la planète entre eux-même dans deux grands blocs. En plus, il se souvenait toujours que les Russes, comme les Américains et les Britanniques, ne l’avaient jamais invité aux conférences de Téhéran, Yalta, et Potsdam.

Conclusions

Il est totalement mensongère de dire – comme l’a écrit M. Paillard – que l’Union européenne est un moyen d’accroître l’influence mondiale de la France et que notre pays n’a aucun choix que se fondre dans un état supranational européen. Il est de même mensongère de dire que le général de Gaulle en était en faveur. Il faut completement rejeter les mensonges de M. Paillard.

One thought on “Contre les mensonges de Christophe-Alexandre Paillard”

  1. Très bon texte. Je ne peux qu’applaudir la logique du raisonnement.

    Mais hélas la France doit lutter contre ses élites xénophiles, ce dont seul un grand homme comme de Gaule, par la force de l’histoire, a été capable d’accomplir. J’ai bien peur que cela ne se reproduise de si tôt, sinon à la suite d’une guerre civile que personne ne peut souhaiter.

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