Comment battre le Daech et les terroristes islamiques en général ?


Vendredi, le 13 novembre, des terroristes islamiques appartenant à, ou commandités par, l’Etat Islamique (Daech) ont frappé la France et tue plus de 120 personnes.

Cela malgré toutes les restrictions des libertés publiques mises en oeuvre après les attentats du janvier.

La question se pose : que faut-il faire maintenant ? Mais avant d’y répondre, il faut d’abord expliquer une autre chose : pourquoi l’EI a-t-il frappé l’Occident et comment l’EI est-il né ? D’ou vient le terrorisme islamique ?

Il faut faire la diagnose correcte avant de faire des prescriptions.

Les causes du terrorisme islamique

Il y a plusieurs causes du terrorisme islamique, plusieurs motivations qui poussent des musulmans à faire du djihad, qui malheureusement renforcent l’une l’autre, notamment:

  • L’idéologie djihadiste – une idéologie de haine envers non-musulmans qui appelle les musulmans à conquêter le monde non-islamique;
  • Le soutien historique (et actuel) de l’Occident pour des dictateurs tyranniques dans plusieurs pays musulmans (notamment en Iran, Irak et Egypte, ainsi qu’aujourd’hui pour les monarchies absolues du Golfe arabe et au gouvernement pakistanien);
  • L’occupation répressive des territoires palestiniens par l’Israel et ses attaques périodiques contre les Palestiniens (et le soutien continu et inconditionnel de Washington pour Tel Aviv);
  • Les interventions des USA au Moyen-Orient et les tortures utilisées par les Americains à Abou Ghraib et à Guantanamo; et
  • Plus généralement, la pauvreté et la tyrannie sous laquelle vivent les résidents de la plupart des pays musulmans.

Dans le cas spécifique de l’Etat Islamique (EI), né en 2006 en Irak en conséquence de l’invasion américaine de ce pays trois ans plus tôt, sa montée en puissance est due d’un grand part au président syrien Bachar el-Assad:

  • D’abord, parce que M. Assad mène, depuis 2011, une guerre génocidaire contre son propre peuple et a déjà tué 250 000 de ses concitoyens, pour la plupart des femmes et des enfants, souvent avec des armes chimiques;
  • D’un autre cote, parce que M. Assad a relâché en 2011 des centaines de terroristes islamiques de ses prisons ; ces terroristes ont ensuite rejoint l’EI ;
  • Enfin, parce que depuis le début de la guerre civile en Syrie (en 2011) M. Assad a attaqué exclusivement les positions de l’opposition syrienne moderée, pas celles de l’EI.

Bien évidemment, l’invasion américaine de l’Irak en 2003 a aussi nettement contribué à cette conflagaration qui est actuellement en train de détruire la région. Les Américains ont déposé le dictateur irakien sounnite Saddam Hussein et ont ensuite organisé des élections remportées par la majorité chiite irakienne (répressée par Saddam) ménée par le politicien chiite revanchiste Nouri al-Maliki. Celui-ci a ensuite commencé une chasse aux sorcières contre les sounnites – une campagne de répression systematique contre la minorité sounnite. Il a aussi expulsé presque tous les sounnites du gouvernement irakien et de ses services secrètes.

Cette répression a provoqué une grande rebelle sounnite contre le gouvernement al-Maliki que l’interessé a essayé d’etouffer par force militaire avec l’aide des Américains. Cette politique a echoué et a méné, en 2006, à la naissance de l’Etat Islamique.

La situation a été un peu calmee en 2007-2008 quand l’extremité de la violence des islamistes a bouleversé les sounnites eux-mêmes, ce qui a permis à l’armée américaine à stabiliser un peu la situation. Mais au lieu de chercher la réconciliation avec les sounnites, al-Maliki a renforcé la répression contre eu, ainsi destabilisant l’Irak a nouveau, ce qui a aidé énormement à la montée en puissance de l’EI. Encore pire, les troupes américaines ont quitté l’Irak en 2011 et en 2014, en face de l’Etat Islamique, l’armée irakienne – bien que dotée de l’équipement américain le plus moderne – a abandonné ses armes et pris la fuite. Ce qui a permis à l’EI de s’emparer d’une bonne partie de l’Irak.

Que ne faut-il pas faire ?

Dans l’Occident, il y a ceux qui prônent une alliance avec la Russie de Vladimir Poutine, l’Iran des mollahs et le régime de Bachar el-Assad pour combattre l’EI. Parmi les partisans d’une telle solution sont des politiciens de la droite et de la gauche française, notamment Nicolas Sarkozy, François Fillon, Christian Estrosi, Pierre Lellouche (considéré le meilleur “expert” des Républicains sur les affaires étrangères) et Marine Le Pen.

Toutefois, ils ont complètement tort. Une alliance avec le régime d’Assad et avec ses mecènes russe et iranien serait la pire faute que l’Occident puisse commettre, pour des raisons déjà expliquées ci-dessus. D’abord parce que le dictateur génocidaire syrien, ayant tué avec prémeditation un quart d’un million de ses compatriots, est la meilleure affiche de récrutement pour l’EI – il est une énorme obstacle, pas une aide, à la victoire sur Daech. Ensuite parce que il est un pantin de la Russie et de l’Iran. En le sauvant, nous aiderons donc Moscou et Téhéran à faire du Moyen Orient leur zone d’influence exclusive.

N’oublions pas que – comme indiqué ci-dessus – l’une des causes principales du terrorisme au monde est le soutien historique aux dictateurs de certains pays du Moyen Orient, notamment Saddam Hussein et le dernier Shah de l’Iran. (En fait, l’Occident soutient toujours les monarchies absolues de la Péninsule Arabe.) Il ne faut pas commettre la même faute encore, dans ce cas avec Assad. Particulièrement pas maintenant, apres que Assad a déjà exterminé 250 000 de ses compatriotes et s’est donc fait valoir la haine de la grande plupart de ses compatriotes.

En ce qui concerne l’Iran et la Russie, ces pays constituent eux-mêmes des menaces très serieuses à la sécurité de l’Europe entiere en raison de leurs programmes nucléaires et missiliers. En particulier, la Russie, avec son vaste arsenal atomique (7 500 tetes) et ses menaces fréquentes d’utilisation de l’arme ultime contre des pays européens, menace la sécurité et la paix de tout le monde occidental. Or, les russophiles comme MM. Sarkozy, Fillon, Estrosi et Lellouche vont permettre a la Russie de creer du Moyen-Orient sa zone d’influence exclusive.

Que fait-il faire ?

Pour vaincre l’EI et résoudre – plus ou moins – la crise syrienne, il faut tirer des leçons de la diagnose ci-dessus et donc:

  • Continuer de bombarder l’EI de l’air.
  • Augmenter nettement l’approvisionnement en armes de l’opposition syrienne moderée et des Kourdes (ceux derniers se sont révélés comme une force militaire très efficace contre l’EI).
  • Contraindre Bachar el-Assad à quitter le pouvoir ou le renverser et convaincre l’opinion publique syrienne qu’il y a une alternative anti-Assad à l’EI.
  • Aider à trouver une réconciliation parmi les groupes divers de la societé syrienne pour faciliter la transition de la Syrie vers un avenir démocratique post-Assad.

Il y a 2 500 ans, le stratège chinois Sun Tzu a écrit que “en guerre, la façon de gagner est d’éviter ce qui est fort et attaquer ce qui est faible.” La force militaire de l’EI – ses armes et le fanatisme de ses militants – sont leur point le plus fort. La plus grande faiblesse de Daech est sa brutalité, voire sa barbarité, envers les populations conquises. C’est sa terreur utilisée contre les populations assujeties.

Il faut donc “attaquer” cette faiblesse de l’EI en montrant aux Syriens – et à tous les peuples actuellement gouvernés par la dictature de l’EI – qu’ils ont une chance d’un avenir de sécurité, de liberté et de paix. Mais l’Occident aura la capabilité à le faire – dans ce cas, la crédibilité morale – seulement s’il se distance complètement du régime d’Assad et exigera son départ ou le renversera.

Une alliance avec Assad discréditerait l’Occident complètement – en le démontrant comme hypocritique – et détruirait toute chance de victoire sur l’EI. Une alliance de l’Occident avec Assad ne laisserait au peuple syrien aucune possibilité de renverser ce dictateur sauf le soutien pour l’EI – et c’est ce que les Syriens choisiront si la seule alternative est le régime d’Assad.

Globalement, dans la lutte contre le terrorisme islamique, il ne suffit pas de le frapper la ou les djihadistes ont des bases. Il faut d’abord eliminer les causes premieres du terrorisme islamique. C’est-a-dire, tous les pays du Moyen Orient devraient commencer une transition democratique, vers un avenir sans dictatures, vers une forme du gouvernement qui conviendra le plus a ces pays mais qui respectera aussi les droits d’homme – pour tous leurs citoyens. Le Moyen Orient ne peut plus être gouverné par des dictateurs ou par des fanatiques religieux. C’est un récipe pour produire plus d’extremisme islamique et donc plus de terrorisme. Une telle transition sera sans doute très difficile, mais elle est nécessaire.

Il faudra donc progressivement abandonner les alliances/amitiés que l’Occident entretient actuellement avec les monarchies petrolières de la Péninsule Arabe. Il faut les contraindre (ainsi que contraindre la Turquie) à cesser leur double jeu et couper tous leurs liens avec tout groupe islamique. Il faut qu’ils cessent de soutenir la propagation de toute idéologie islamiste/djihadiste dans l’Occident.

Il faut aussi renforcer certains dispositifs de sécurité à l’Occident. Par exemple, il faut priver les djihadistes (au moins les binationaux) de leur nationalité occidentale, déporter ce qui ne l’ont pas, arrêter l’accueil des “réfugiés” syriens, fermer tous les sites et chaines YouTube djihadistes, armer les polices municipales et les services de sûreté de la RATP et la SNCF et équiper tous les transports en commun de vidéoprotection. Il est aussi possible d’installer des détecteurs de métaille/d’explosifs aux portes du métro, du RER et des certains quais ferroviaires.

Mais ce sont des mesures qui peuvent seulement adoucir le problème, pas le résoudre.

Surtout, il ne faut absolument pas rendre les libertés qui ont fait de l’Occident la meilleure civilisation au monde. Il faut, en fait, abroger les dispositifs et lois répressifs qui ont été adoptées depuis le 11 septembre 2011 et particulièrement depuis les attentats du janvier 2015. Ces dispositifs n’ont fait et ne feront RIEN pour nous protéger contre le terrorisme. En fait, ils ont déjà complètement et incontestablement échoué, comme les attentants du 13 novembre 2015 démontrent.

Rendre nos libertés et créer un état policier, cela donnerait aux terroristes islamiques la victoire même qu’ils cherchent.

 

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